
[Portrait Alumni] Saeid Biriaie, fondateur de la Maison 2B
Pourriez-vous revenir sur votre parcours ?
Je viens d’une famille d’artisans, avec plus d’un siècle d’histoire dans la décoration, l’orfèvrerie et la joaillerie. J’ai donc grandi dans un univers très lié à la matière, aux objets, et à une attention particulière au détail. Dès mon plus jeune âge, je me suis interrogée sur le processus de transformation d'une idée en un produit tangible. C’est ce qui m’a naturellement orienté vers la science des matériaux, pour comprendre ce qui se passe derrière chaque création.
Après l’obtention de ma licence en génie des matériaux à l’Université de Téhéran, j’ai poursuivi un master en génie mécanique et des matériaux aux Arts et Métiers à Metz, puis un doctorat à l’Université de Lorraine.
Aujourd’hui, ce parcours me permet d’avoir une double approche : à la fois artistique et technique et c’est vraiment au cœur de tout ce que je fais avec Maison 2B.
Pouvez-vous nous présenter le sujet de votre thèse ?
Ma thèse portait sur la fabrication additive métallique, en particulier sur les alliages de titane comme le Ti-6Al-4V, qui sont utilisés dans des secteurs exigeants comme l’aéronautique ou le médical. L’objectif était de mieux comprendre le lien entre les paramètres de fabrication, la microstructure du matériau, et ses propriétés mécaniques notamment en étudiant l’effet de la porosité. La formation de porosités est l'un des plus grands défis de la fabrication additive métallique, ce qui entraîne des défaillances du matériau. L’un des principaux défis a été de développer une simulation 3D capable de relier ces différents niveaux : le procédé, la structure interne, et le comportement du matériau. En résumé, l’idée était de mieux maîtriser le procédé pour produire des pièces plus fiables et plus performantes.
Qu’est-ce qui vous a motivée à entreprendre un doctorat à l’Université de Lorraine ?
Ce qui m’a motivé, c’est l’envie d’aller au-delà des applications, et de vraiment comprendre en profondeur les matériaux et les procédés. Le doctorat permet justement ce niveau d’exigence et de compréhension. J’ai choisi l’Université de Lorraine, et en particulier le laboratoire LEM3, qui est reconnu internationalement en mécanique et en science des matériaux, avec des liens très forts avec l’industrie. J’ai eu l’opportunité d’y commencer en stage, puis de continuer comme chercheur, ce qui m’a conduit à poursuivre en doctorat au sein du Université de Lorraine.
C’était une expérience très exigeante, mais extrêmement formatrice. Le doctorat m’a appris à structurer ma pensée, à aborder des problèmes complexes, et à avancer malgré l’incertitude. Mais surtout, il m’a permis de construire une vraie confiance en moi, qui est aujourd’hui essentielle dans mon parcours entrepreneurial.
Pouvez-vous présenter MAISON 2B ?
Pourquoi avoir décidé de te lancer dans l’entrepreneuriat ?
L’idée était déjà présente depuis plusieurs années, mais elle n’était pas encore structurée. Au départ, j’avais une certaine hésitation à sortir de ma zone de confort. Mais au fil du doctorat, notamment grâce aux formations de la Maison Doctorale et à l’accompagnement du PeeL, j’ai pu progressivement transformer cette idée en un projet concret.
J’avais envie de créer, de construire quelque chose de concret, avec un impact direct. Le choix du design et du luxe n’est finalement pas si éloigné de mon parcours. Le luxe, c’est l’exigence, la précision, la maîtrise des détails ; des valeurs très proches de la recherche scientifique.
Aujourd’hui, j’applique cette rigueur scientifique à la création d’objets à forte valeur émotionnelle. Maison 2B est la rencontre entre cet héritage artisanal et les technologies avancées que j’ai développées pendant mon parcours.
En quoi votre expérience de doctorat vous aide-t-elle aujourd’hui dans votre rôle d’entrepreneur ?
D’abord, la capacité à résoudre des problèmes complexes. Ensuite, une grande autonomie dans le travail. Et surtout, une capacité à apprendre rapidement et à m’adapter. Ce sont des compétences essentielles pour un entrepreneur.
Pour finir, quels conseils donnerais-tu à des étudiants ou jeunes diplômés qui envisagent de poursuivre en doctorat ?
Je dirais que le doctorat est une expérience exceptionnelle, mais qu’il faut le faire pour les bonnes raisons. Il faut être curieux, persévérant, et accepter l’incertitude. Et surtout, ne pas voir le doctorat comme une fin, mais comme un outil qui ouvre de nombreuses possibilités, y compris en dehors du monde académique.
