
[Portrait Alumni] Julien Bourdet, géoscientifique
Pourriez-vous revenir sur votre parcours ?
J’ai débuté par un DEUG à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (aujourd’hui Sorbonne Université), un peu par hasard à l’époque, sans idée très précise de mon projet professionnel.
J’ai ensuite poursuivi ma licence et ma maîtrise à l’Université de Bourgogne, où j’ai pu m’orienter vers des thématiques entre géologie et archéologie. J’y ai aussi découvert les études des roches carbonatées ce que j’ai approfondi en DEA, étape décisive qui m’a naturellement orienté vers la recherche.
J’ai ainsi réalisé une thèse en géosciences entre 2004 et 2008 au laboratoire GéoRessources, sous la direction de Jacques Pironon.
À l’issue de mon doctorat, je suis parti en Australie pour un postdoctorat au sein du CSIRO. J’y ai poursuivi ma carrière pendant seize ans.
Depuis 2024, j’ai quitté le CSIRO pour me lancer dans le conseil indépendant. Je développe aujourd’hui des activités de consulting.
Pouvez-vous nous présenter le sujet de votre thèse ?
Mes travaux portaient sur les systèmes pétroliers, avec pour objectif de mieux comprendre les processus de formation, de migration et d’accumulation des hydrocarbures.
Cette recherche s’inscrivait dans le cadre d’une collaboration internationale avec l’UNAM (Université nationale autonome du Mexique), ce qui m’a permis de travailler sur des cas d’étude concrets et d’enrichir mon approche scientifique dans un contexte international.
L’accès à cette thèse s’est fait en grande partie grâce à un stage que j’avais effectué auparavant en entreprise chez Total. Ce stage m’a permis d’intégrer un réseau professionnel à travers lequel circulent régulièrement des propositons de thèse. J’ai ainsi candidaté à une opportunité qui m’a été transmise, ce qui m’a finalement permis d’intégrer ce projet doctoral.
J’ai particulièrement apprécié cette expérience, tant pour la richesse du sujet que pour la qualité de l’encadrement et des échanges scientifiques.
Qu’est-ce qui vous a motivé à partir en Australie ?
La première motivation, c’était d’améliorer mon anglais, parce que je savais que c’était une barrière pour ma carrière. Ensuite, j’étais attiré par la vie en Australie, notamment le fait de vivre près de l’océan. Et enfin, le choix s’est aussi fait en fonction du laboratoire, qui était reconnu internationalement.
Pouvez-vous nous parler de votre expérience au CSIRO ?
J’ai passé environ 16 ans au CSIRO, ce qui m’a permis de développer énormément de choses. Quand je suis arrivé, il y avait beaucoup à faire, notamment en termes de modernisation des équipements et des méthodes. J’ai donc participé à la mise en place de nouvelles techniques et au développement d’outils scientifiques, à la fois pour la recherche et pour répondre à des demandes industrielles.
Au fil du temps, j’ai également pris des responsabilités, notamment en participant à des projets plus importants, comme des travaux sur la séquestration du CO₂, où j’ai eu un rôle de coordination sur plusieurs années. C’était donc une expérience très riche, à la fois sur le plan technique et sur le plan professionnel.
Aujourd’hui, vous travaillez pour plusieurs structures, comment s’organisent vos activités ?
Aujourd’hui, j’ai plusieurs activités en parallèle. Après avoir quitté le CSIRO, j’ai créé ma propre structure de consulting Rocks & Bubbles, qui me permet d’être indépendant et de proposer mon expertise directement à des entreprises. Dans ce cadre, je travaille principalement sur des problématiques liées aux fluides en géologie : j’accompagne des entreprises dans l’analyse d’échantillons de roches, pour comprendre la circulation des fluides ou encore l’histoire des réservoirs, ainsi que sur des sujets de géochimie des gaz.
En parallèle, je travaille au sein de Gold Hydrogen sur des sujets liés à l’hydrogène naturel et à l’hélium, qui sont des domaines assez porteurs en ce moment.
Et puis, avec d’autres consultants, on a aussi monté Atherium. C’est une structure plus large où l’on développe des activités communes, notamment avec un laboratoire d’analyse de gaz.
Concrètement, je partage mon temps entre ces différentes activités. C’est un équilibre qui demande pas mal d’organisation, mais qui est aussi très stimulant parce que les projets sont variés.
Qu’est-ce qui vous motive dans votre métier ?
Ce qui me motive avant tout, c’est de comprendre comment les choses fonctionnent. J’ai une formation de chercheur, et même aujourd’hui, en dehors d’un cadre académique classique, je garde cette approche. J’aime analyser des données, les explorer et en tirer du sens pour mieux comprendre la géologie et les phénomènes naturels.
Constatez-vous des différences entre la recherche en France et en Australie ?
Oui, il existe quelques différences, notamment dans la manière de travailler. La formation française est très solide sur le plan scientifique, avec une exigence et une rigueur assez poussées, ce qui constitue un réel atout lorsqu’on arrive à l’étranger. On est globalement très bien préparé.
En Australie, j’ai trouvé l’environnement de travail un peu plus détendu, avec une approche parfois plus flexible. Cela dit, ces différences sont plutôt complémentaires : la rigueur acquise en France permet de s’adapter facilement, tout en profitant d’un cadre de travail différent et enrichissant.
Quels conseils donneriez-vous à un doctorant ?
Je dirais d’abord qu’il ne faut pas voir la thèse comme une montagne insurmontable. C’est un travail de long terme, mais qui se construit petit à petit, jour après jour. L’important, c’est d’avancer régulièrement, même par petites étapes, plutôt que de se laisser impressionner par l’ampleur du projet.
Ensuite, je pense que c’est essentiel de développer son réseau. Au début, on n’en a pas forcément, mais il se construit naturellement au fil des rencontres, des collaborations et des projets. Et c’est souvent ce réseau qui ouvre des opportunités pour la suite.
Enfin, je conseillerais de toujours chercher à faire du travail de qualité. Peu importe le sujet ou la spécialité, la rigueur et le sérieux finissent toujours par payer. Si on s’investit vraiment dans ce qu’on fait, les opportunités arrivent plus facilement.
