
[Doctorant] Jessica Monaldi : une semaine aux côtés des prix Nobel pour nourrir sa recherche… et sa vision de la science
Jessica Monaldi, jeune chercheuse à l’Université de Lorraine (Institut Jean Lamour), a participé du 28 juin au 3 juillet 2026 aux 75es Rencontres Nobel de Lindau, en Allemagne. Sélectionnée au sein de la délégation française coordonnée par Udice, elle a rejoint près de 600 jeunes scientifiques du monde entier pour une semaine d’échanges avec une soixantaine de lauréats du prix Nobel. De retour de cet événement international majeur, elle revient sur cette expérience unique, les rencontres marquantes de son séjour et les apports pour ses travaux de recherche.
Pouvez-vous vous présenter et quels sont les critères de sélection pour participer à ces rencontres ?
Je suis Jessica, doctorante en dernière année de thèse en physique à l’Institut Jean Lamour. Les Lindau Nobel Laureate Meetings (LNLM) sont des rencontres annuelles qui ont lieu à Lindau (Allemagne), où des lauréats du prix Nobel et de jeunes chercheurs sont invités à échanger autour de leurs activités de recherche, à discuter des grands enjeux de société et de la manière dont la communauté scientifique peut y contribuer. Pour participer à ces rencontres, une invitation officielle est envoyée après un processus de sélection en plusieurs étapes. Tout d’abord, l’université examine une première candidature comprenant une lettre de motivation, un CV et deux lettres de recommandation. Après cette première étape, la candidature est transmise au partenaire financeur (UDICE pour l’Université de Lorraine). À ce stade, UDICE m’a nominée auprès du comité scientifique des LNLM, ce qui m’a permis de déposer officiellement ma candidature sur la plateforme dédiée. Ma candidature a ensuite été évaluée par le comité scientifique chargé de sélectionner les futurs participants. Les critères pris en compte étaient notamment le CV, les activités de recherche menées, les activités extracurriculaires, les expériences internationales, les publications, les conférences auxquelles le candidat a participé, ainsi que, bien entendu, la maîtrise de l’anglais. Dans mon cas, au moment de la candidature, je n’avais pas encore publié d’article scientifique. Cependant, je pense que mes activités de recherche, mon implication dans des activités extracurriculaires, mes présentations lors de conférences internationales, et surtout mes expériences internationales (de l’Italie à la France, en passant par la Norvège et le Canada) ont été des éléments importants qui ont contribué à ma sélection.

Comment votre sujet de recherche s’inscrit-il dans les sujets abordés lors des Rencontres de Lindau, comme l’intelligence artificielle, la santé mondiale ou le développement durable ?
Mon projet de thèse porte sur le développement d’un biocapteur à ondes élastiques sur puce (lab-on-chip, LOC) permettant d’étudier la mécanobiologie des cellules humaines, avec pour objectif à long terme de mettre au point une plateforme peu consommatrice en échantillons, peu coûteuse et facile d’utilisation pour la recherche et le diagnostic du cancer. Ainsi, mon projet de recherche s’inscrit particulièrement bien dans deux des grandes thématiques abordées lors des LNLM : la santé mondiale et les technologies durables, tout en reflétant l’importance accordée par ces rencontres à l’interdisciplinarité. En effet, l’interdisciplinarité de mon projet, qui combine la physique, l’ingénierie et la biologie, correspondait parfaitement à la thématique générale de l’édition de cette année des LNLM, qui était l’interdisciplinarité. Mon projet répond également à l’enjeu actuel de développer des outils nécessitant peu de ressources et pouvant contribuer à améliorer la santé mondiale en permettant un diagnostic accessible, peu coûteux et facile d’utilisation. De telles plateformes pourraient faciliter la détection précoce des maladies et améliorer l’accès aux technologies de diagnostic.

Les échanges avec les lauréats du prix Nobel et les jeunes chercheurs du monde entier ont-ils fait évoluer votre regard sur votre propre parcours de recherche ou sur les grands enjeux scientifiques actuels ?
Oui, absolument. J’ai eu la chance de rencontrer des personnes extraordinaires qui m’ont apporté de nouvelles perspectives, non seulement sur le plan scientifique, mais surtout sur le plan humain. Faire partie d’une communauté internationale et participer aux LNLM a renforcé encore davantage ma conviction quant à l’importance des collaborations internationales et d’un environnement scientifique diversifié, qui permet véritablement de confronter différents points de vue, d’être une source d’inspiration et de favoriser les échanges. Sur le plan humain, je suis reconnaissante des opportunités dont je bénéficie en menant mes recherches ici en France, car de nombreuses personnes n’ont pas accès aux mêmes ressources ni au même environnement. Par exemple, certains lauréats du prix Nobel sont très impliqués dans des activités de vulgarisation scientifique et d’enseignement afin de « redonner » à la société qui a cru en eux et en leurs travaux. Ainsi, dans notre vie quotidienne, nous pouvons appliquer cette idée en essayant d’être bienveillants avec chacun et de créer un environnement où tout le monde se sent accueilli, car l’innovation naît des différences et des échanges, et non du fait de rester dans sa zone de confort.
Quel a été le moment le plus marquant de cette semaine et pourquoi ?
Il y a eu plusieurs moments que je n’oublierai jamais. Mais celui que j’aimerais partager vient de la discussion avec les professeures Anne L’Huillier et Katalin Karikó. La force et la confiance qu’elles dégageaient m’ont réellement inspirée. Tout d’abord, la professeure L’Huillier évolue dans un domaine historiquement dominé par les hommes et, malgré cela, elle n’a jamais reculé et a toujours saisi les opportunités qui se présentaient à elle. Nous, en tant que femmes dans les domaines STEM (et plus largement toutes les minorités sous-représentées), méritons d’occuper pleinement les espaces auxquels nous avons droit, après en avoir été exclues pendant si longtemps. La professeure Karikó, en partageant son parcours professionnel, une véritable succession de hauts et de bas, marqué notamment par des refus et des changements de postes avant d’obtenir le prix Nobel, a démontré une résilience et une persévérance essentielles dans ce domaine, particulièrement lorsque la reconnaissance n’arrive pas immédiatement. J’admire leurs parcours et leurs accomplissements, qui sont d’autant plus remarquables qu’ils sont enrichis par leur humanité et leur sensibilité. Enfin, je voudrais m’adresser à tous les étudiants et doctorants : candidatez aux prochaines Lindau Nobel Laureate Meetings ! Cela peut fonctionner, et vous pourriez vivre l’une des plus belles semaines de votre vie.
