Portrait Alumni : Mailie SAINT-HILAIRE, docteure en sciences agronomiques

Published on March 8, 2024

D’origine martiniquaise, Mailie SAINT-HILAIRE rejoint l’Hexagone à l’âge de 12 ans. Passionnée par les sciences, elle obtient un bac scientifique. Par la suite, elle effectue une classe préparatoire aux grandes écoles à l’ENCPB à Paris. Malheureusement, elle n’obtient aucun concours. Pourtant face à cet échec, son parcours professionnel se dessine. Elle effectue un DUT chimie à l’IUT d’Orsay en 1 an. Durant cette année, elle découvre la chimie analytique. Au travers des années, cette attirance s'est confirmée. Puis, elle obtient une licence professionnelle de chimie analytique à l'IUT d'Orsay. Par la suite, elle effectue un Master 1 spectroscopies orientées vers les sciences du vivant à Paris Descartes et un Master 2 en instrumentation et méthodes d’analyses moléculaires à Orsay. Après son master 2, elle effectue une thèse à l’Université de Lorraine au sein du laboratoire URAFPA et en collaboration avec le laboratoire de sécurité des aliments (ANSES). Son sujet de thèse portait sur la toxicocinétique de la chlordécone chez la brebis. 

Qu’avez-vous fait après votre thèse ?
A l’issue des 3 ans de thèse, je suis retournée aux Antilles pour être au plus près de mon sujet de recherche. J’ai effectué un CDD de 3 mois à l'institut Pasteur en Guadeloupe en tant qu’ingénieur en chimie analytique. Ensuite, j’ai eu l’opportunité de faire un ATER à l’université des Antilles pendant 1 an en Martinique. Au bout de 1 an, l’Institut Pasteur m’a proposé un poste de responsable technique de laboratoire. En parallèle, j’ai utilisé mes compétences et mon savoir pour continuer mes recherches sur la chlordécone en mettant en place plusieurs méthodes d’analyses et en lançant mes premiers projets de recherche. En mai 2023, je suis promue responsable recherche et développement chimie. A la même période, je décide de créer le podcast “Caribéenne et Scientifique”

Qu’est-ce qui vous a amené à faire une thèse à l’université de Lorraine ?
Au départ, je ne me destinais pas à faire une thèse. A la fin de mon master, j’ai commencé à faire mes premières recherches pour trouver un emploi. Je suis tombée par hasard sur l’offre de ma thèse et ça m’a tout de suite interpelé car c’est un sujet de santé publique qui touche la population antillaise. J’avais la possibilité de mettre en application toutes les connaissances que j’ai acquises lors mon parcours à savoir la chimie analytique à un domaine que j’apprécie beaucoup ; la santé. J’ai vu cette offre comme une opportunité d’aller encore plus loin dans mon expertise de chimiste analyticienne tout en développant mes compétences de manière plus spécifique. Pour moi, c’était un saut vers l’inconnu. Étant à Cambridge à l’époque, j’ai passé l'entretien en visioconférence et je n’ai pas eu l’opportunité de visiter mon futur campus. J’étais tout de même rassurée car j’avais effectué mon stage de M1 au sein d’un des laboratoires del’ ANSES. Je connaissais déjà l’entreprise. 

Comment s’est déroulée votre expérience de doctorante à l’Université de Lorraine ?
A la fin, on se rend compte que c’était de très belles années mais quand on le vit tous les jours, ce n’est pas facile. J’étais face à de nombreux défis, j’avais peur de ne pas y arriver mais je pense que c’est normal quand on commence une thèse. On a toujours cette appréhension. J’ai bien vécu ma thèse car j’avais une très bonne équipe encadrante disponible et engagée. J’étais en contact avec d’autres doctorants. Le tout constitue une force. J’étais également beaucoup en mouvement en étant présente au laboratoire à Nancy et à Paris. J’ai pu participer à des congrès scientifiques et me créer un réseau avec qui je collabore toujours. 


En tant que Responsable R&D chimie, qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre métier ?

Le poste que j’occupe actuellement est l'aboutissement de tout mon parcours. Ça rassemble tout ce que j’aime faire. Je collabore avec des chercheurs de l’hexagone et les partenaires locaux en Guadeloupe et en Martinique. Ce que j’apprécie le plus dans mon métier est le fait de pouvoir apporter des solutions autour de la chimie et de la santé. J’aime développer de nouveaux projets, innover et créer des méthodes qui vont aider les chercheurs ou qui vont permettre d’aider à protéger la santé de la population sur le long terme. J’aime faire des choses qui vont pouvoir être appliquées et impactantes pour la population. 

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer votre podcast “Caribéenne & Scientifique“ ? 
En mai 2023, j’ai décidé de créer mon podcast Caribéenne et Scientifique. Je me suis rendue compte que je n’avais pas eu accès à un réseau d'entraide dans la Caraïbes pour m’insérer dans le monde professionnel. Il est particulièrement difficile de s’insérer avec un doctorat aux Antilles. Au cours de mes rencontres, j’ai croisé des scientifiques qui avaient des parcours assez similaires au mien. Ils n’avaient pas tout de suite trouvé un poste ou eu accès à des offres d’emploi. Ils manquaient d'informations sur les laboratoires ou l’actualité scientifique dans la Caraïbes.  Ainsi, mon objectif à travers ce podcast est d’inspirer les jeunes à découvrir le monde scientifique à travers des témoignages inspirants. Je souhaite faire connaître les scientifiques caribéens à la population locale et même internationale. On les connaît encore trop peu alors qu’ils sont nombreux. Je réalise un focus plus particulièrement sur les femmes scientifiques pour qu’elles transmettent leur enthousiasme et passion pour les sciences. Le but est de donner confiance aux jeunes filles à choisir des métiers et filières scientifiques. Enfin, le podcast permet d’aider les personnes à s’insérer professionnellement en établissant des stratégies de recherche d’emploi grâce aux différents témoignages de mes invités. Ma vision sur le long terme est de créer une communauté scientifique et caribéenne qui puisse s’entraider, se donner des conseils et partager des offres d’emploi. 

Vous avez également créé un dispositif d'accompagnement pour les jeunes doctorants qui se nomme Scientamine, pourquoi ce choix ?
Selon l'enquête RNCD de décembre 2023, 54% des doctorants estiment être exposés au stress. Ce chiffre indique, selon moi, qu'il est indispensable de proposer aux doctorants un accompagnement pour protéger leur santé mentale. Pour avoir moi-même été doctorante, j'aurais aimé avoir des outils et des conseils pour atteindre plus rapidement et facilement mes objectifs.Je souhaite vraiment les aider dans la réussite de leur parcours doctoral. Dans cette optique j’ai créé Scientamine qui accompagne les doctorants scientifiques de la Caraïbe mais également de l’Hexagone.

Comment se déroule votre accompagnement ?
J’accompagne les doctorants autour de trois domaines : l’organisation, la santé mentale et la motivation. En thèse, on peut déjà se sentir un peu seul et parfois manquer de motivation. Ainsi, je propose un accompagnement de groupe pour les booster. Je souhaite également changer leur regard sur le fait d’échouer. En effet, l'échec est formateur. J’essaye d’apporter les outils pour améliorer leur santé mentale. C’est un accompagnement qui est vraiment autour de la vie et des besoins du doctorant mais qui ne se substitue pas à l’accompagnement du directeur de thèse ou des encadrants. Par exemple, je peux aider un doctorant à organiser son planning, définir et/ou prioriser plus clairement ses objectifs, développer une posture de chef de projet, diminuer sa charge mentale...

Que conseilleriez-vous à un doctorant ? 
Ce que je ressors de mon doctorat, c’est vraiment de le voir comme 3 années qui nous permettent de propulser notre carrière professionnelle. Durant notre thèse, on commence vraiment à bâtir tout ce qui va faire de nous le chercheur qu’on sera demain. Il faut apprendre à créer son réseau lors des congrès par exemple ou ne pas hésiter à rester en contact avec son équipe encadrante. Dans le futur, vous pourrez vous appuyer sur eux pour vous guider car ils vous connaissent. 
Il ne faut pas hésiter à prendre des décisions pendant sa thèse. Lorsqu’on est encadré par une équipe, on peut se dire qu’on va s’appuyer sur l’équipe et qu’ils auront le choix final. Il ne faut pas rester un étudiant mais vraiment prendre la posture d’un chef de projet. Ce n’est pas facile de prendre position mais ça permet de nourrir sa confiance en soi. 
Enfin, la thèse est un marathon. De ce fait, il est essentiel d’avoir un cercle bienveillant autour de soi qui nous motive.

Quels conseils donnez-vous pour les jeunes femmes qui souhaitent s'engager vers la recherche ?
Il ne faut pas hésiter à faire et ne pas rester dans un schéma limitant. Les femmes ont une grosse capacité d’anticipation. Je pense qu'il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur ses forces là et il ne faut surtout pas hésiter à se lancer. A travers mon podcast, je souhaite aider les jeunes femmes à se projeter dans ce type de carrière. 

Que pensez-vous du réseau alumni docteurs de l'Université de Lorraine ?
Je suis présente sur le groupe LinkedIN. J’ai été voir le site alumni docteurs et je l’ai trouvé très intéressant et complet. Je pense qu’il est très important d’avoir ce type de réseau et de rester en contact avec les docteurs ou les nouveaux doctorants. Ce réseau souhaite faciliter l’insertion des jeunes docteurs et je pense que c’est plus que nécessaire.